orki

Ouvrir un blog, c'est exaltant.
Tenir un blog, c'est enrichissant.
Fermer un blog, c'est (attention faut trouver le mot juste !), c'est...

J'ai été parmi les pionnières à revendiquer mon statut de femme au foyer. Avoir même le culot d'appeler son blog "femme au foyer" comme on déploie un étendard, ou comme on brandit avec fierté son métier : "je suis médecin", "je suis avocate"... en attendant des "oh" et des "ah ??".
J'ai dit : "je suis femme au foyer" et mon blog s'appellera ce que je suis : "femme au foyer". Une femme qui travaille au bien être de sa maison.

Ca n'a jamais rien eu de politique. Ce n'était pas une revendication. C'était plutôt une façon de montrer qu'on pouvait être chez soi, avec mari et enfants, et pas conne ! Casser une image d'Epinal, rompre des codes établis, faire un pied de nez aux féministes ringardisantes (alors que je suis une vraie féministe de surcroit, mais moderne et ouverte !!!)

Pourquoi avoir eu besoin de montrer que j'étais comme les autres ? Avec un métier, oui ! un vrai métier !!
Pourquoi les femmes au foyer d'aujourd'hui éprouvent-elles le besoin de de prouver leur valeur ?

Bien sûr, le regard du monde occidental et économique reste toujours très négatif. Et ce n'est d'ailleurs pas à ce regard là que je me suis attaquée. Mais au regard de proximité : le regard des sorties d'école, des diners, des copines qui travaillent.
Mais aussi le regard au sein de leur propre famille, pas toujours aimant, pas toujours valorisant. Et c'est surtout ça que je trouve dramatique.

Je ne suis pas dans ce cas de figure.
Ma force, c'est beaucoup mon mari qui chaque jour danse avec les notes de la vie que je lui joue.
Ma conviction ce sont mes filles qui régulièrement me demandent : "c'est quoi ton métier maman ??" et de leur répondre : "je suis femme au foyer, femme aux cents métiers". Plus sérieusement, c'est leur équilibre ; les couleurs de leurs dessins ; leurs reproches d'enfants normales (souvent les mêmes que ceux que je faisais à ma propre mère qui était femme au foyer) ; le bain chaque soir, les calins...
Mais tout ça bien sûr toute mère le donne à ses enfants.

L'important, c'était de donner cette image, cette conviction que l'on peut être une femme épanouie en restant à la maison. Parce que c'est une vie de mille facettes qui jouent dans la lumière. Savoir les composer, c'est se découvrir en harmonie avec le monde qui nous entoure.
C'est apprendre à dire non quand on n'a pas envie.
C'est enseigner la patience et la lenteur à ceux qui courent.
Une barrière à une sorte de folie assassine des couples qui vont et viennent et puis s'oublient faute de temps.

Prendre le temps.
Aujourd'hui c'est le summum du luxe. On paye cher pour ça.
J'offre du temps à ma famille. Mais j'ai aussi appris à m'en garder pour moi, pour mon plaisir personnel. Pour cultiver mon jardin secret. Parce qu'il ne faut pas croire ! Avec deux mouflettes et un mari, le jardin secret devient vite jardin public et "vas-y qu'on y piétine les plates-bandes !!!"
C'était vrai il y a dix ans, quand je suis devenue femme au foyer. Mon bébé me dévorait. Je me sentais seule. Mal comprise. Isolée... et je sentais que je n'étais pas seule dans ce cas mais que personne n'osait faire le premier pas pour dire : "je craque làààà ! Marre des tête à tête avec mon stroumph de 2 ans qui court dans tous les sens et ne réponds jamais à mes questions existentielles !!!".
Quant au mari, épuisé de sa journée de travail, inutile de lui expliquer "que la sémantique du stroumph en question a beau évoluer à la vitesse grand "V", ça reste un discours de 2 ans".

J'ai appris très vite à mes filles à ne pas envahir mon espace.
De même que je ne rentre jamais dans le leur sans crier gare. Certes, elles, elles transgressent un peu. Mais pas moi. Et avec le temps, ça paye. Je crois que l'on appelle ça le respect.
Quel dommage de constater que dans certaines familles, les enfants hurlent, cassent, le mari est démissionnaire et la pauvre femme au foyer se tue à essayer de coller des morceaux éparpillés ; ce n'est pas un manque d'éducation au sens propre. C'est ne pas apprendre à se respecter les uns les autres au sein d'une même famille.

Au travers du fil des posts de mon blog, j'ai voulu prouver qu'on pouvait être femme au foyer et avoir des activités, des plaisirs ; être dynamique et aller de l'avant. La polyvalence et la réactivité sont des qualités qui rendent nos familles, mais aussi vos vies pleines de surprises et de richesses et c'est bien là tout le mal que je vous souhaite : vivre pleinement ces instants. Même si ils sont durs. Et surtout quand ils sont doux.

Mais alors ?
Pourquoi ferme-t-elle son blog ??

Parce que je n'ai plus envie. De nombreuses femmes au foyer savent aujourd'hui démontrer leur multiples talents, leur intelligence, leur vivacité d'esprit. Retrouver un certain anonymat. Ou peut-être exister différemment.

J'aurai bientôt quarante ans. Je me sens jeune, c'est incroyable !
Mes filles ne sont plus des bébés. Ma maisonnée est organisée. Mon mari s'éclate dans son job.

Et moi ??

Ouvrir un blog, c'est exaltant.
Tenir un blog, c'est enrichissant.
Fermer un blog, c'est... le début d'une autre vie.

Ce texte a été écrit le 04 mars 2008.


PS : le réseau femmaufoyer.net continue son aventure. Vous pouvez m'y retrouver chaque jour au fil de posts ou par messages privés.
J'aurai le plaisir de prendre le temps de répondre à chacune (et chacun) de vous qui me laisserez un commentaire en passant.
Merci à toutes celles qui ont suivi cette tranche de vie avec moi. Pour vos mots souvent indulgents, consolateurs, entrainants. Je n'oublierai jamais le plaisir que l'on éprouve quand on ouvre sa boîte mail et qu'il y a "nouveau commentaire". Merci pour ces douceurs. A mon tour maintenant de venir vous visiter car vous m'êtes chers.